Lorsque Thierry Mugler a créé "Angel" en 1992, il a eu du nez. Quatorze ans plus tard, après plusieurs années de travail, ce célèbre parfumeur a lancé les "Coulisses de la création olfactive" pour que le citoyen lambda s’initie à l’art de la parfumerie. Tous les mardis donc, dans les locaux parisiens de la marque, la très souriante Diane Thalheimer dirige cet atelier novateur qui permet, moyennant 150 euros, d’apprendre comment naît un parfum, mais surtout de créer sa propre fragrance. Une expérience grisante pour les sens. Beautés d’Afrik a testé cet atelier passionnant, mardi 11 avril, avec dix autres femmes "apprenties - parfumeuses".
9h00. Arrivée dans les locaux de Thierry Mugler, à deux pas de l’Opéra de Paris. Aucune des participantes n’est encore là. Normal l’atelier commence à 9h15. Je suis installée dans une salle immense. Une musique fashion est diffusée par un poste qui l’est tout autant. Sur la table basse : des gâteaux, bonbons, boissons et autres douceurs. Dans le fond, des chaises couleur métal et des tables grises juxtaposées, égayées par quelques fleurs et les bacs à mouillettes. Après repérage, je m’assois sur la banquette et j’attends. A 9h15, les premières « élèves » arrivent et, avec elles, Diane Thalheimer. C’est cette consultante en marketing international parfumerie, une femme élégante et souriante, qui nous guidera tout au long de la journée. Nous sommes presque au complet ! Mais en attendant les dernières, chacune se présente. Et, là, je découvre que je ne suis pas une Ovni. Plusieurs participantes expliquent qu’elles n’ont pas un seul parfum, mais qu’elles le changent en fonction de la saison, de leur humeur ou mélangent même les senteurs... Et dire qu’on m’a répétée que je n’avais pas de personnalité parce que je change de parfum comme de chemise !

"Jicky", le premier parfum créé avec des notes de synthèse
Vers 10h00, nous nous installons sur les tables pour suivre un historique sur le parfum. Diane Thalheimer, qui dispense également des cours à l’Institut supérieur international du parfum de la cosmétique et de l’aromatique alimentaire, nous le délivre avec passion et humour. Je découvre ainsi que "Jicky " (ne m’en demandez pas plus !), créé en 1889, est le « le premier parfum à utiliser les première notes de synthèse : la coumarine (issue de la fève Tonka du Pérou, ndlr) et la vanilline (tiré des gousses de vanille, ndlr) ». « C’est le début de la parfumerie moderne, poursuit Diane Thalheimer. On quitte la parfumerie naturelle pour la parfumerie abstraite ».
J’apprends comment le parfum, au départ produit sur commande, est devenu une véritable industrie où la « communication prime sur tout le reste ». Je découvre le rôle essentiel des évaluatrices, qui secondent efficacement les parfumeurs dans la recherche des fragrances que nous retrouverons dans les rayons. Qu’il a fallu 608 essais avant d’arriver à ce qu’est « Angel » aujourd’hui. Que certains parfumeurs ont une obsession, comme cela peut arriver à certains peintres. Ainsi : Sophia Grojsman, créatrice de "Trésor", "Eternity" ou "Vanderbilt", fait une fixette sur l’« accord rose-violette »...
1 500 ingrédients naturels et 2 000 synthétiques
Ses quelques informations enregistrées, nous passons aux choses pratiques. Pour concevoir un parfum, le créateur dispose d’environ 1 500 ingrédients naturels et 2 000 synthétiques. Côté naturel, notre « professeur » nous propose de sentir des racines de vétiver (étonnement doux et rassurant), des cristaux d’encens (plus subtil que celui vendu en bâton !), du patchouli ou encore de l’ambre gris (au parfum très iodé, indirectement produit par le cachalot. Vous le saviez ?). Pour ce qui est des synthétiques : l’aldéhyde C11 (odeur froide, métallique à la fois agréable et dérangeante), le musc blanc (un vrai délice !) et quelques senteurs de fruits, qui contiennent trop d’eau pour qu’on puisse en isoler l’essence.
Il est 13h lorsque l’on quitte les locaux de Thierry Mugler pour déjeuner, non loin de là, dans un restaurant italien. Il est délicieux. Mais je trépigne d’impatience : je voudrais passer à la pratique et créer mon parfum ! Dépitée, je me rends compte que le cours se poursuit avec la structure du parfum. Cependant, cette petite contrariété est très vite remplacée par un vif intérêt. « Les notes de tête sont celles qui ressortent pendant les 30 premières minutes. Ce sont les notes, les plus volatiles, celles qui donnent la première impression. Les notes de cœur correspondent au caractère du parfum, ce sont des notes, plus fortes, plus consistantes que l’on sent deux ou trois heures après. Les notes de fonds, ressortent après cinq ou six heures et donnent la ténacité, la profondeur du parfum. Ces notes sont plus lourdes », souligne Diane Thalheimer, également olfactive profiler (une fonction qui consiste à déterminer comment mettre à profit un parfum).
Notre « parfum » Circé est un succès
Ça y’est ! Nous avons toutes les clés pour composer (enfin !), notre parfum. Ou plus précisément créer des « accords », c’est-à-dire assembler différentes senteurs (artificielles ou naturelles), le processus de fabrication d’un vrai parfum étant très complexe. Diane Thalheimer nous donne le brief (le concept à suivre) pour créer. Par manque de temps, car il faut poser les formules que nous définissions, nous travaillons par petits groupes. Je suis un peu déçue parce que je pensais que nous allions créer en solo, mais bon... Je me mets à pied d’œuvre avec deux jeunes femmes très sympatiques. Le choix des senteurs est bien restreint, mais pas facile de trancher et de se mettre d’accord !
Le thé vert s’est posé comme une évidence pour la note de tête. Après avoir longtemps hésité sur la rhubarbe pour la note de coeur, que nous voulions coupler avec le lys, nous avons décidé de prendre du daim, histoire de donner un côté décalé. Et, pour la note de fond, la coumarine (qui me rappelle la colle que j’utilisais à l’école primaire). Au final, nous optons pour cette formule : trois gouttes de thé vert et de lys et deux de daim et de coumarine. Notre parfum portera le nom de Circé, cette magicienne de la mythologie grecque qui pouvait transformer les hommes en animaux. Le mélange a plu ! Diane Thalheimer a prononcés ces doux mots : « Mummm... ça sent bon, vous vous rendez compte que vous avez obtenu ça avec quatre ingrédients ? » Alors j’ai tenté ma chance : « Donc nous sommes engagées chez Thierry Mugler ? » L’olfactive profiler a souri...
Je suis ressortie grisée par cette expérience unique - à tenter absolument - que je me languissais de vivre. Seuls regrets : le temps trop court imparti à la pratique et le fait que je n’aie pu repartir qu’avec quelques gouttes du précieux philtre qui a tourné la tête, à plus d’une, à la rédaction de Beautés d’Afrik. J’exagère à peine, néanmoins je crois que tous ces parfums me sont montés à la tête !
Thierry Mugler
49 Avenue de l’Opera 75002 Paris
Métro Opera
Atelier format journée de 9h15 à 17h45 : 150 euros, déjeuner compris
Tél : 01 53 05 25 87
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