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Taj : « réconcilier la femme noire avec son cheveu »
jeudi 11 août 2005 / par Falila Gbadamassi
Taj est devenu coiffeur par hasard. Mais chez lui, la coiffure sonne comme une vocation. Ce Parisien de naissance, originaire de la Guadeloupe et de la Martinique, a fait de la formation et de l’information relatives au cheveu de la femme noire une de ses priorités. Dans la capitale française, il est l’un des rares à traiter aussi bien le cheveu défrisé que naturel. Histoire de faire de ses clientes, des femmes fières et libres de leurs choix esthétiques dans une société où leur chevelure fait encore l’objet de bon nombre de préjugés.

« Mon ambition : c’est de donner le plus possible d’informations parce que plus les femmes noires seront averties, mieux elles seront à même de prendre convenablement soin de leurs cheveux. » Le propos est clair et décrit bien ce qu’est l’engagement de Taj, le patron d’Hairy Taj, bien nommé salon de coiffure spécialisé dans le cheveu afro naturel et défrisé. La chose est somme toute encore très rare dans la capitale française où l’on nage dans les extrêmes. Tout pour le cheveu défrisé et très peu pour le cheveu naturel. Coiffeur de son état depuis 13 ans, ce qui est aujourd’hui la grande passion de ce Français d’origine guadeloupéenne et martiniquaise est entrée dans sa vie par effraction. Pour le plus grand bien du propriétaire des lieux.

Pendant près de 10 ans, Taj a été décorateur-éclairagiste. Il travaille surtout dans la mode puis il atterrit, en freelance dans un bureau de style. Plus tard, il commence à collaborer avec des petits magazines. Là, parce ce sont de petites structures, il est au four et au moulin pour préparer les séances de photo. Il touche à tout : décoration bien évidemment, stylisme, mais aussi coiffure. « Je donnais des coups de main à ma meilleure amie qui était coiffeuse, j’ai ainsi acquis quelques rudiments de coiffure ». Mais le déclic se fait vraiment à la fin des années 80 où il décide de partir pour Londres.

« Redéfinir mes priorités »

« C’était l’occasion pour moi d’améliorer mon anglais et de redéfinir mes priorités, j’étais à un carrefour important de ma vie. J’ai fait le point. La mode est un milieu sympathique, mais très superficiel, surtout les gens. Et puis je ressentais le besoin de me rapprocher de ma communauté en faisant quelque chose qui lui serait utile. La maîtrise de l’anglais était là encore plus essentielle pour aller à la source - les Etats-Unis - et obtenir les informations qui me seraient indispensables. De retour en France, j’ai continué à aider ma copine à organiser des shows. A ce moment, il y avait une véritable pénurie de coiffeurs professionnels. Et à Londres, je m’étais rapproché des coiffeurs anglo-américains, j’ai donc commencé à entrer dans leur réseau, m’intéresser aux formations tout en faisant un boulot alimentaire. »

Depuis Taj ne cesse de développer sa technique, une technique qu’il transmet aux autres en tant que formateur pour la marque Avlon. Ce besoin de transmettre, il le manifeste également en apportant son expertise à Aline et Marina Tacite, les organisatrices du salon Boucles d’Ebène, le salon du cheveu crépu qui s’est tenu en juin dernier à Paris. Toutes ces activités le conduisent à se former, à s’informer sur ce cheveu très particulier qui mérite une très grande attention : le cheveu afro. « J’adore, comprendre et résoudre les problèmes. Les grands coiffeurs que j’ai eu la chance de rencontrer aux Etats-Unis et en Angleterre m’ont transmis un peu de leur savoir ». Il revendique donc, à raison, sa « haute technicité » qui, dit-il, manque à la plupart des coiffeurs dit « afro ». C’est d’autant plus grave, souligne-t-il, que « c’est un métier dévalorisé, que certains considèrent comme une voie de garage. Et les coiffeurs afro sont en partie responsables de cette situation ». Pourquoi ? « Leur manque de professionnalisme », répond Taj.

Plaidoyer pour des coiffeurs afro plus professionnels

« Les seuls coiffeurs vraiment qualifiés sont ceux qui s’adossent à des marques de produits capillaires. C’est d’autant plus important que l’on n’enseigne rien en France sur la spécificité du cheveu afro. Dans ce pays, nous avons manqué d’information pendant des années. », poursuit-il. Sa collaboration avec la revue française Coiffure de Paris, une référence pour les professionnels de la coiffure dans le monde, est dans ce contexte une petite révolution. Car c’est une première dans l’histoire du magazine. Le numéro d’avril dernier de la publication présentait quelques unes de ses créations. Dans la foulée paraissait fin mai l’album Coiffure de Paris ’100% ethnique’. Soixante dix pour cent des images sont l’œuvre de Taj.

Cette carence informationnelle, il essaie donc à sa modeste échelle d’y remédier auprès de ses pairs mais son terrain de prédilection reste encore son salon où il s’emploie au quotidien à apporter son expertise à ses clientes. Et la plupart lui sont fidèles. « J’essaie de trouver des réponses à leurs problèmes pour leur éviter le maximum de soucis capillaires. C’est ce qui m’intéresse vraiment ! En ce qui concerne, le cheveu afro, il faut réconcilier la femme noire avec ses cheveux parce qu’il y a un véritable malaise qui se transmet de génération en génération. Et cela se ressent dans la façon dont elles traitent ses cheveux : elles leur font subir le pire. C’est la matière qui gêne, elles en ont perdu la maîtrise. Par conséquent, elles font des choses qui vont à l’encontre de leur cheveu. Il y aussi la pression sociale que l’on retrouve à tous les niveaux qui accentue ce malaise. Surtout chez les femmes qui vivent en Occident. Elles pensent qu’en se conformant au modèle ambiant, notamment dans la sphère professionnelle, elles vont pouvoir accéder à des fonctions auxquelles elles aspirent. Elles sont donc globalement prêtes à faire des concessions sur leur apparence ».

Une clientèle plus exigeante

Parfois à leur détriment. « La plupart des jeunes femmes que je reçois, en moyenne entre 25 et 30 ans, viennent chez moi avec des sévères problèmes capillaires : chutes, alopécies et autres maux qui relèvent, pour certains, du domaine médical. Et dans la rue, mon œil de spécialiste repère très peu de femmes noires dont les cheveux sont en bonne santé. » Taj déplore qu’il y en ait si peu qui s’en préoccupent. Tout en leur trouvant des circonstances atténuantes. Le facteur économique en est une. Selon lui, « l’entretien du cheveu afro nécessite des besoins colossaux pour de multiples raisons. Dans le cas du défrisage, c’est un cheveu chimiquement modifié et pour assurer son maintien, il nécessite beaucoup de soins sur une base régulière chez un spécialiste et à domicile. Et les produits coûtent cher. Une Européenne dépense moins si elle s’occupe de façon aussi assidue de ses cheveux qu’une femme noire. La main d’œuvre aussi coûte cher car c’est un cheveu qui est long à coiffer. »

Toutes ses considérations très prosaïques n’enlèvent pourtant rien à l’engagement de Taj. Son souhait le plus ardent : que la femme noire soit plus exigeante. « Ce qui me désole, c’est qu’elle accepte tout et n’importe quoi sans rien dire. Il faut qu’elle cesse de subir et qu’elle devienne proactive dans ses choix capillaires. Il ne faut pas hésiter à dénoncer les coiffeurs malhonnêtes afin de faire cesser les pratiques dangereuses. Ces personnes sont d’une totale insouciance parce qu’il n’y a pas de sanction. C’est la cliente qui doit être en demande ». Et son rêve à lui : lui donner les moyens de formuler ses exigences. Pourquoi pas à travers une émission télévisée ou radiophonique ?

Hairy Taj
111, rue de Quincampoix
75003 Paris
Tél : 01 42 77 52 92



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