Santé & Sport
Tout sur la lutte sénégalaise
Augmenter la police Diminuer la police Imprimer l'article Envoyer l'article à un ami
  dimanche 7 août 2005 / par Badara Diouf
La lutte sénégalaise (avec frappe) provoque enflamme les passions de tous les Sénégalais. Tous se rendent aux stades, tendent l’oreille à la radio ou se fixent devant leurs télévisions pour regarder les rencontres entre les lutteurs. Un sport qui génère, depuis sa professionnalisation, des millions de francs CFA. Abdou Wahid Kane, sociologue du sport et enseignant à l’Institut national supérieur de l’éducation physique et du sport de Dakar, décortique pour nous la discipline. Bienvenue dans l’arène des combattants et des codes de la lutte.

Afrik.com : Quelles sont les origines de la lutte au Sénégal ?
Abdou Wahid Kane :
Ses origines sont lointaines. Il faut savoir que ce sport était jadis pratiqué dans les campagnes pour célébrer la fin des récoltes chez les ethnies Sérères et Diolas, qui restent jusqu’à ce jour un vivier d’excellents lutteurs. Cette joute, à caractère folklorique, avait pour but de mesurer la force des hommes et de désigner le champion du village.

Afrik.com :Quelles sont les spécificités de la lutte avec « frappe » ?
Abdou Wahid Kane :
La spécificité de la lutte avec « frappe », est exclusivement pratiquée au Sénégal. Elle permet de donner des coups de poing au visage et au corps comme à la boxe. Il existe une fédération africaine de lutte traditionnelle qui organise des combats regroupant des lutteurs sénégalais, nigériens, burkinabé et ivoiriens. Le Sénégal figure parmi les champions de cette fédération, grâce à ses lutteurs professionnels.

Afrik.com : Quelles sont les règles pour les combattants ?
Abdou Wahid Kane :
Le périmètre de l’arène est délimité par un cercle de sacs de sable. Chaque lutteur essaie de faire tomber son partenaire. Le premier qui met ses quatre appuis au sol, qui se couche sur le dos ou qui sort du cercle en tombant, est déclaré perdant par l’arbitre. Mais les règles d’arbitrage peuvent parfois varier.

Afrik.com : Avant l’affrontement des lutteurs, l’atmosphère est très protocolaire, avec à tout un cérémonial et tout un rituel mystique. Pourquoi ?
Abdou Wahid Kane :
La lutte est auréolée de nombreux rituels mystiques, qui sont des chants de bravoure censés galvaniser les lutteurs. Tout cela est suivi par des cérémonies pour conjurer le mauvais sort avant chaque combat. Au-delà de la préparation physique des « mbeurkatt » (mot wolof désignant les lutteurs, ndlr), le cortège des marabouts accompagnant les athlètes dans l’arène de la compétition, viennent cristalliser des prières salvatrices censées donner la victoire à son protégé qui arbore des gris-gris (talisman) de même que des prises de bains rituels. Avant chaque affrontement le mbeurkatt se livre au « Baccou » qui consiste à chanter ses prouesses en vue d’intimider l’adversaire et de séduire son public en dansant au rythme du tam-tam. Chants, également entonnés par les griots et griottes attitrés, qu’on appelle alors « Ndawrabine ».

Afrik.com :Depuis quand la lutte s’est professionnalisé, notamment la lutte avec « frappe » ?
Abdou Wahid Kane :
On s’accorde à dire que depuis les années 20, donc sous l’époque coloniale, c’est un Français propriétaire de la salle de cinéma El Malik à Dakar aurait été le premier à organiser des combats de lutte au sein de son cinéma. Les combattants étaient rétribués grâce aux entrées payantes. Mais c’est surtout dans les années 70 que cette lutte s’est professionnalisée et s’est implantée dans les villes. C’est donc sur ces bases que la lutte avec frappe va se cristalliser en donnant forme aux premières arènes de combats et la mise en place de règlement écrit pour définir les règles régissant ce sport devenu professionnel, grâce au Comité national de la gestion de lutte (CNG).

Afrik.com : Suffit-il d’être bien bâti pour être un bon lutteur ?
Abdou Wahid Kane :
Cela suffisait jadis, mais aujourd’hui hélas ce n’est plus le cas.Car la pratique d’autres sports de combat, comme la boxe, vient désormais se greffer à leur potentiel physique, d’ailleurs renforcé grâce à la pratique de la musculation. Plus largement, il faut intégrer quatre éléments dans la pratique de tout sport : les qualités athlétiques, la technique, la tactique et le mental. Autrement dit, la force en tant que telle n’est pas suffisante.



Santé & Sport



 
en bref


album photo

zoom

recherche
 
sur beaute.afrik.com    sur le web


newsletter
 
le monde de jules

blogs

communiqués